Les Cendres au Fond du Jardin

Livre en 2 tomes / 1232 images / 4 générations qui se sont succédées dans l’appartement où je vis actuellement.
Mon travail est composé d’images que j’ai produites depuis 24 ans (9 ans > 1989) ainsi que des images d’archives appartenant à (et dans lesquelles figurent) des membres de cette même famille depuis la fin du XVIIIème siècle.
Le livre bien qu’intimiste véhicule des parcours universels, je vous laisse découvrir cette compression volumineuse du temps.

HÉTÉROTROPIE

Un peu à l’image de la thèse de Michel Foulcault sur « l’Histoire de la folie », Emilie Muller adopte une méthode d’historienne pour nourrir son travail. En réunissant une multitude de documents, elle tente une sorte d’archéologie du savoir familial, dans le but de faire cohabiter le passé et le présent, le proche du lointain, dans une recherche d’hétérotopie qui permet la juxtaposition en un seul lieu de plusieurs espaces, de plusieurs emplacements, objets et personnes qui, a priori, ne pourraient pas se rencontrer.

Utopique et incompatible ? Non, car les images d’archives sont tirées de son univers familial. Telle une brocante du cœur, elle a souhaité les faire renaître pour mieux retrouver les êtres chers, leurs objets, leur univers,  leur graphisme, tout en valorisant les senteurs du passé pour mieux les sublimer dans le présent.

Par une mise en perspective aux couleurs sahariennes, elle crée une rupture avec le temps traditionnel et nous offre une synchronicité improbable, qui pourtant nourri son chemin de vie, ici et maintenant.

Pour Foulcault, « on n’accède pas à un emplacement hétérotopique comme dans un moulin. Ou bien on y est contraint, c’est le cas de la caserne, le cas de la prison, ou bien il faut se soumettre à des rites et à des purifications. On ne peut y entrer qu’avec une certaine permission et une fois qu’on a accompli un certain nombre de gestes ».

C’est ce que nous vous encourageons à faire avant d’entrer dans l’univers d’Emilie Muller. N’hésitez pas à faire mirer vos propres histoires de vie dans ses images afin de faire résonner dans ce lieu toutes les richesses du passé et les opportunités du présent.

Jean-Luc Schmalz, le 27 mars 2013